Archives du Réveil des Marmottes


Mardi 21 novembre 2006 - ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor)

Le nucléaire est comme on vous le dit absolument sans risque. Même si un attentat, un séisme ou un accident se produisait, le désastre serait très limité, l'expérience de Tchernobyl a démontré l'efficacité de la Ligne Maginot, le nuage s'est arrêté à la frontière. Jacques Chirac a donc offert à la jeune génération un enterrement écologique: ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), un réacteur expérimental à fusion thermonucléaire. L'accord a été signé à l'Élysée à Paris entre l'Union européenne et six pays: La Chine, les États-Unis, l'Inde, la Corée du Sud, le Japon et la Russie. Il s'agit de fabriquer de l'énergie nucléaire expérimentale propre. La centrale sera installée à Cadarache dans les Bouches-du-Rhône. ITER coûtera plus de plus de 10 milliards d'euros. La construction du réacteur ITER débutera en 2008. Comme le chantier doit durer environ dix ans, cela laisse le temps de faire en vitesse des enfants.

Pour Jacques Chirac, l'homme de la mise à mort du TNP (Traité de Non Prolifération nucléaire) à Mururoa (1995), «C'est une aventure tout à fait exceptionnelle... C'est la main tendue aux générations futures, au nom de la solidarité et de la responsabilité...» Étrange vision de la solidarité en offrant une mort propre à tout le monde. On aurait pu s'orienter vers les énergies naturelles (qui existent). ITER est plus fascinant. La fusion thermonucléaire contrôlée vise à remplacer la plus grosse bombe atomique de notre système stellaire, le Soleil. Lorsqu'une étoile explose dans l'Univers, on peut juste l'observer de loin. Avec ITER, nous saurons ce qui se passe au coeur même de l'explosion. Pour le président de l'UE (élu au suffrage unilatéral, c'est à dire nommé), José Manuel Barroso, cette signature est «un très grand événement...» Ce sera sans doute le dernier d'une humanité ayant mis de côté toutes les inventions peu onéreuses au profit d'inventions créant des fortunes colossales et pouvant tuer de façon plus massive.

Vendredi 6 juin 2008 - L'Europe a évité un Tchernobyl

Mercredi soir, la centrale nucléaire de Krsko en Slovénie, à une centaine de kilomètres de Ljubljana, a connu un "incident" provoqué par une fuite de liquide sur le circuit de refroidissement primaire. La Commission Européenne a déclenché l'alerte Ecurie sur les risques radioactifs. Cette alerte a été créé en 1987 par l'Union Européenne à la suite de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986, Ukraine). Dans la soirée, l'alerte a été levée, les autorités slovènes ayant déclaré: «L'environnement n'est pas pollué et la situation est stable.» Chose inhabituelle, la Commission Européenne a rendu l'événement public.

Selon Greenpeace, «Cette décision a été prise car les conséquences auraient pu être catastrophiques... La perte de liquide de refroidissement est le scénario le plus dangereux que peut connaître une centrale nucléaire...» De nombreux accidents se sont produits en France dont plus de la moitié des 58 centrales nucléaires sont vétustes. On distribue aux riverains des pastilles d'iode comme on donnerait de l'aspirine à un condamné à mort. L'OMS préconise d'en distribuer dans un rayon de 500 km autour de chaque centrale nucléaire.

Jeudi 3 juillet 2008 - Sarkozy veut un deuxième EPR en France

Nicolas Sarkozy a annoncé la construction d'un deuxième réacteur EPR (réacteur nucléaire de la nouvelle génération). Jacques Chirac avait lancé le premier EPR en France à Flamanville dans la Manche, la construction a débuté en fin 2007. Nicolas Sarkozy n'a pas précisé le lieu où le second cercueil atomique sera construit ni la date de mise en activité du réacteur. La centrale doit entrer en service en 2012 avec les principaux groupes de la filière nucléaire française: Bouygues, Areva et Alstom. Areva a annoncé un investissement au Creusot de 70 millions d'Euros pour la filiale française et pour ArcelorMittal, Industeel étant une filiale d'ArcelorMittal. EDF se dit prêt à construire un deuxième EPR mais se trouverait en concurrence avec Suez, qui se dit favorable à la construction d'une deuxième et même d'une troisième centrale nucléaire de type EPR en France. EDF dispose de sites potentiels après l'expérience de la construction de l'EPR de Flamanville. Suez estime que la recrudescence des besoins va nécessiter un et même deux EPR supplémentaires. Le groupe va fusionner avec Gaz de France et compte construire et exploiter des centrales nucléaires vers 2015-2020. Le futur groupe GDF-Suez pendra une décision sur le nombre, les lieux d'implantation et la technologie à utiliser pour les centrales nucléaires en 2009. Début 2008, Suez a annoncé un accord avec Areva et Total pour la construction de deux centrales EPR aux Émirats Arabes Unis vers 2016-2017. Nous le savons tous, le nucléaire est absolument sans risque, après Tchernobyl, la Terre existe toujours et les pastilles d'iode protègent parfaitement des accidents dont on ne parle jamais survenant sur les 58 centrales en activité en France. Une éolienne, c'est plus dangereux. Imaginez qu'une pale se détache...

En mai, au chantier de Flamanville, le coulage du béton du réacteur nucléaire a été suspendu en raison d'anomalies signalées par l'ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) qui pourtant a autorisé la reprise des travaux le 19 juin. En Finlande, la construction d'une centrale EPR (Olkiluoto 3) par Areva et l'allemand Siemens a subi plusieurs retards. Le réacteur EPR anglais (European Pressurized Reactor) est sensé améliorer la sécurité des nouvelles centrales par rapport à celles du type Tchernobyl. L'EPR (European Pressurized Reactor) a été rebaptisé US-EPR (Evolutionnary Power Reactor) aux États-Unis. C'est un réacteur nucléaire de troisième génération, conçu et développé par EDF et Areva NP dans les années 1990 et 2000. Deux EPR sont en cours de construction, un en Finlande (Olkiluoto) et un en France (Centrale nucléaire de Flamanville). Les deux chantiers rencontrent d'importantes difficultés. D'autres EPR sont en projet en Chine et aux États-Unis. L'EPR dérive du N4 français (Framatome) et du Konvoi allemand de Siemens. Le réacteur EPR est conçu pour utiliser de l�uranium enrichi à 5 % et jusqu'à 100% avec le combustible nucléaire
MOX. Les déchets nucléaires générés sont plus radioactifs que ceux produits par les anciens réacteurs.

Mercredi 9 juillet 2008 - Accident nucléaire au Tricastin

Un accident est survenu mardi à la centrale nucléaire du Tricastin à Bollène dans le Vaucluse. Le rejet d'uranium est sans risque d'après les autorités. «Pas de risque immédiat !» nous précisent les autorités nucléaires. Le rejet de 12 gr d'uranium (par litre) est donc absolument sans danger. Selon Noutnoute, ceux qui avalent ça sont déjà irradiés. L'incident (en matière de nucléaire, on parle d'incidents tant qu'il n'y a pas de morts) a été classé "1" sur l'échelle de Richt... -des "incidents nucléaires"- qui va de 0 à 7. Catherine Dalverny, la directrice de la communication de la centrale du Tricastin, est rassurante. «Toutes les mesures de protection ont été prises !» ont dit les préfets de la Drôme et du Vaucluse. Socatri a récupéré une partie de la mixture. Le reste est parti dans les cours d'eau mais et n'a pas encore atteint la nappe phréatique. Donc pour l'instant, il n'y a pas de problème. Et même s'il y avait de l'uranium, on ne peut plus pomper l'eau de la nappe. «L'enjeu n'est pas immédiat... En cas de consommation éventuelle de poisson, l'impact est limité...» a dit Thierry Charles de l'ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire).

Gilles Salgas, le responsable de la communication de Socatri (Areva), ne comprend pas. «La centrale existe depuis 1975, c'est la première fois qu'un tel incident se produit...» À Fessenheim ou à Cattenom, c'est fréquent ce genre d'incident. On n'en parle pas, c'est tout ! D'ailleurs, à Fessenheim où à Cattenom, il y a eu de vrais accidents et on n'en a pas fait un plat de choucroute. Les mauvaises langues diront qu'il y a vingt fois plus de cancers aux alentours des centrales nucléaires mais c'est à cause de la fumée de cigarettes. Et puis, l'incident est classé niveau "1". On ne connait pas encore le niveau "7", il faudrait en tester un pour voir. Avec 58 centrales du type Tchernobyl en activité en France, plus deux ou trois du type EPR promises par Nicolas Sarkozy, le test se fera bien tout seul un jour ou l'autre. «L'enjeu n'est pas immédiat...» Nicolas Sarkozy veut truffer la planète de centrales nucléaires. Mardi vers 6 heures 30, au cours du nettoyage d'une cuve, des effluents (radioactifs) ont été déversés sur le sol, dans le canal adjacent et dans les rivières La Gaffière et L'Auzon. La consommation d'eau issue des pompages a été interdite à Bollène, à Lapalud et à Lamotte-du-Rhône. L'irrigation agricole pompant l'eau des des rivières La Gaffière et L'Auzon, les activités nautiques et les baignade sur les plans d'eau du Trop-Long, du Baltraces (Bollène) et des Girardes (Lapalud), la pêche et la consommation de poisson ont été interdites par mesure de sécurité. Contrairement aux accidents de la route, on évoque les incidents nucléaires ou, dans le cas de Tchernobyl, une catastrophe.

Samedi 19 juillet 2008 - Fuite d'uranium dans la Drôme

Après l'accident à la centrale du Tricastin, une nouvelle fuite d'uranium s'est produite jeudi sur un site Areva à l'usine de fabrication de combustibles nucléaires (FBFC) de Romans-sur-Isère dans la Drôme. Transparence oblige, l'ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) n'a pas cru utile de préciser le degré de gravité de l'incident. Charles Hufnagel, porte-parole d'Areva, a assuré que la fuite n'avait «absolument aucun impact sur l'environnement...» Areva a proposé de classer l'incident au niveau 1 sur l'échelle internationale de gravité INES allant jusqu'à 7. Si Areva le dit, nous sommes tranquilles. Le jour où Areva avouera un accident du niveau 7, on pourra chercher les pastilles d'iode (on en distribue aux riverains des centrales). La fédération France Nature Environnement est plus lucide: «Comme d'habitude, c'est le porte-parole de l'ASN qui a délivré et contrôlé cette information... La loi du 13 juin 2006 fait que tous les pouvoirs de gestion de la filière nucléaire sont concentrés dans les mains des cinq dirigeants de l'ASN...»

Pour Corinne Lepage, l'ex-ministre de l'Environnement, présidente de CAP21, «ces incidents à répétition et la découverte d'une pollution de la nappe phréatique du Tricastin mettent en lumière les défaillances de la filière nucléaire, dues notamment à un sous-investissement dans la sécurité, la protection de la santé humaine et de l'environnement... Il est aberrant et inacceptable que la politique nucléaire ne fasse pas l'objet d'une évaluation globale en terme de coûts et d'avantages, évaluation confiée à une commission extérieure au lobby nucléaire...»

Jeudi 24 juillet 2008

Quinze jours après l'accident (la fuite d'uranium) à l�usine Socatri du Tricastin, 100 personnes ont été contaminées à la même centrale située sur les départements de la Drôme et du Vaucluse. La direction a tenté de rassurer les médias et les salariés: «C'est un incident sans gravité !» C'est le quatrième "incident" en quinze jours. 100 personnes contaminées, un "détail" comme dirait l'autre. Et tous ceux dont on n'a jamais parlé, irradiés de Cattenom, de Fessenheim, employés ou riverains des 58 centrales nucléaires en activité en France. Quatre accidents en quinze jours dont deux sur le même site du Tricastin, le dernier "incident" ayant contaminé cent employés de la centrale nucléaire par de la poussière radioactive. Nous vivons avec le risque de 58 Tchernobyl en puissance et bientôt deux voire trois centrales EPR dont personne n'a encore mesuré les conséquences en cas d'accident. Peut-être sont-elles infaillibles !


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