SAINT-QUIRIN: Une légende usurpée?

Google

 


Situé entre Metz, Nancy et Strasbourg, le village se niche en Moselle (France), au pied
d'un sommet des Vosges, le Donon (1007 m), en Alsace (Bas-Rhin).

Saint-Quirin

Saint-Quirin est un fief refermé sur lui-même; une cuvette cernée de collines masquant l'horizon. Il y a peu de temps encore, on ne sortait pas du village... Coupé du reste du monde, un patois oral s'y est développé, une langue -ou plutôt un langage- sans grammaire ni structure. Difficile de communiquer dans ces conditions. Au fil des siècles, le village s'est retranché et est devenu la proie des seigneurs puis de l'Église. Il y a longtemps, à l'époque gallo-romaine, le village s'appelait (pense-t-on) Godelsadis. Les habitants vivaient plutôt sur les montagnes (...). Puis, ils se sont établis dans la vallée. C'est là que naquit la légende. Selon la tradition locale, les restes de Quirinus (soldat romain) restèrent collés sur la colline dominant le village. Une chapelle y fut donc érigée pour y recueillir ses restes... Lors de l'implantation du prieuré et de la construction de l'Église, les reliques du brave homme y furent descendues... Mais voilà. Cet acte ne fut-il point un sacrilège?

Alors, pour remédier à cela, on imagina de remonter, une fois pas an, un bout d'os d'environ 12 centimètres, vers sa sépulture d'origine: la Haute-Chapelle. Et comme par hasard, on a évidemment choisi le jour de l'Ascension pour organiser ce pèlerinage démesuré et anachronique (nous vivons au 21e siècle !) où se mêlent fanatisme religieux et coutumes marchandes et païennes... Après la remontée des restes, une foire gigantesque déferle sur Saint-Quirin alors qu'on ramène l'os à sa place dans l'Église, et ce, pour une nouvelle année... Oui, mais cette légende est-elle exacte ? Ou fut-elle empruntée et distillée à la sauce locale... Il ne peut y avoir logiquement qu'un seul Saint Quirin (Quirinus), sauf si le clergé a canonisé plusieurs Quirinus ! Mais s'il n'y en qu'un, la tradition locale est erronée.

Photos: La «Haute-Chapelle» où auraient été conservés les restes de Quirinus, sans la tête - La fontaine Saint Quirin

Saint Quirinus

Les premières incohérences
Saint QUIRIN (Quirinus): évêque de Sisseck, en Pannonie
(1), martyr au quatrième siècle, honoré le 4 juin, le jour de l'ascension. Mais l'Église honore aussi saint Quirin, prêtre et martyr dans le Vexin le 11 octobre... Sous l'empire de Traien (98-117), Quirinus, soldat et tribun, était gardien de la prison devant le Forum où, d'après la légende, les apôtres Pierre et Paul avaient été arrêtés. Parmi les prisonniers de Quirinus, se trouvaient le pape Alexandre Ier (107-116) et le préfet de la ville de Rome, Hermes, converti au christianisme. Quirinus interrogea son prisonnier Hermes sur les raisons de sa conversion. Mais celui-ci lui répondit de demander à Alexandre qui était détenu dans une autre cellule. Un miracle se produisit: Deux anges conduisirent Alexandre dans la cellule d'Hermes. Alors, Hermes raconta à Quirinus que son fils avait été ressuscité par Alexandre.

Quirinus – Officier romain
Là-dessus, Quirinus avoua au pape que sa fille Balbina souffrait d'un mal de goitre. Il promit de se convertir sous la condition qu'Alexandre guérisse sa fille. Alexandre y consentit, mais exigea que Quirinus et Balbina se rendissent dans sa propre cellule. Alexandre voulait y retourner par le même moyen qu'avant et, quand Quirinus et sa fille entrèrent dans la cellule d'Alexandre, ils y trouvèrent le pape. Balbina voulait embrasser les chaînes d'Alexandre, mais celui-ci lui ordonna d'embrasser les chaînes de Saint Pierre. On les trouva, Balbina les embrassa et fut guérie. Sur quoi, Quirinus se fit baptiser avec toute sa maison et beaucoup d'autres gens.

(1) Pannonie: Ancienne contrée d’Europe centrale entre le Danube et l’Illyrie, soumise par Rome de 35 avant J.-C. à 95 après J.-C.
Photo: La chapelle Notre-Dame de l'Hor

La légende
Aurélien, comte de Seleuica, avait reçu de l'empereur Traien l'ordre de faire tuer tous les chrétiens. Etant informé de la conversion de Quirinus et de sa famille, Aurélien fit fouetter Quirinus. Ensuite, Aurélien ordonna de lui couper la langue et de la donner aux oiseaux qui s'envolèrent sans y toucher. Mais Quirinus, emprisonné et tourmenté, résistait toujours. Aurélien lui fit couper les mains et les pieds, mais les chiens auxquels on les donna n'ont pas voulu les manger. Comme Quirinus, étendu par terre, restait invincible martyr du Christ, Aurélien fit chercher des chevaux pour traîner le cadavre sanglant à travers la région, mais les chevaux n'y parvinrent pas. Un homme qui devait aider avec son char et un boeuf, disparut. Finalement, Aurélien fit décapiter Quirinus. Quelques chrétiens enterrèrent le corps au cimetière de la Via Appia. Au milieu du 11e siècle, Gepa, l’abbesse du couvent des Bénédictines à Neuss (2) entreprit un voyage fatigant à Rome pour y rencontrer son frère, le pape Léon IX. Elle fut cordialement reçue avec son escorte par le pape. Son logis se trouvait à côté de l’église de Saint Pierre, à travers les fenêtres, Gepa avait une vue excellente sur les autels et les reliques. Une nuit, pendant ses prières, l’abbesse remarqua plusieurs anges, à la lumière de bougies, en train de vénérer quelques reliques dans un reliquaire.

Ces phénomènes se sont répétés les nuits suivantes. Gepa apprit que c’était les reliques de Saint Quirinus, qui se trouvaient dans l’église et elle demanda tout de suite au pape de les emporter à Neuss. Finalement, elle eut l’accord du pape. Sur ce, Gepa et son escorte transportèrent les reliques de Saint Quirinus et celles de sa sœur Balbina à Neuss. Un soir, pendant le voyage, le groupe arriva en Alsace (là, il y a un hic...) sur une plaine cernée de montagnes (en fait, des collines) pour y passer la nuit. Le lendemain, quel grand malheur, les reliques étaient attachées à la terre et personne n’était capable de les déplacer. L’abbesse éclata en larmes et pria que Dieu lui laissât au moins quelques pièces des reliques. Finalement, Dieu eut pitié: la délégation pouvait emporter la tête du Saint. On construisit un abri (la chapelle de Saint-Quirin ?) pour le reste des reliques et Gepa demanda à une servante de rester là. La délégation arriva à Neuss avec la tête du saint martyr en 1050 (environ). Gepa ordonna la construction d’un nouveau couvent. Elle se consacra et donna tous ses biens au couvent et à Saint Quirinus. Elle fonda (...) une commune pour dames nobles menant une vie pieuse et agréable à Dieu.

(2) Neuss, ville d’Allemagne (Rhénanie-du-Nord - Westphalie), sur le Rhin, face à Düsseldorf.

Jean-Pierre Masseret - News Moselle


Début

Archives

Suite