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Jeudi 14 décembre 2006
L'affaire Seznec est la plus grande affaire criminelle du siècle en Bretagne. Elle a passionné l'opinion publique, déchiré les familles et inspiré écrivains, historiens et cinéastes. Mais personne n'a pu résoudre avec certitude et preuves à l'appui, cette lancinante question: Guillaume Seznec est-il ou non coupable de la disparition, de Pierre Quéméneur le conseiller général du Finistère? La Cour d'Assises du Finistère l'a pourtant condamé aux travaux forcés à perpétuité et il fut enfermé au bagne de Cayenne. Mais après une violente campagne d'opinion qui déchira la France entière, Guillaume Seznec fut grâcié et libéré en 1947. Aujourd'hui encore, sa famille réclame sa réhabilitation, mais le mystère de la mort de Pierre Quéméneur reste entier. |
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Le 25 mai 1923, deux Finistériens
quittent Rennes en Cadillac à destination de Paris.
Il s'agit de Pierre Quéméneur, le conseiller
général du canton de Sizun et de Guillaume
Seznec, propriétaire d'une scierie à Morlaix.
Ils se rendent à Paris pour tenter d'y vendre des
Cadillac en vue d'un trafic lucratif avec l'URSS. Mais le
voyage se déroule mal. La Cadillac accumule les
pannes et le rendez-vous de Paris est compromis. À
Dreux, en soirée, les deux amis se séparent.
Pierre Quéméneur prend le train vers Paris
où Guillaume Seznec devra le rejoindre le lendemain,
si l'état de la Cadillac le permet. Depuis ce jour
personne n'a revu Pierre Quéméneur et son
cadavre n'a jamais été découvert. Trois
jours plus tard, Guillaume Seznec rentre à Morlaix,
seul.
Seznec arrêté Sans nouvelles, la famille de Pierre Quéméneur, s'alarme et prévi ent la police. On tente de retrouver sa trace à Paris, mais sans succès. Guillaume Seznec est interrogé et inquiété. Mais une lettre postée au Havre le 13 juin, signée Quéméneur et adressée à sa famille rassure. Il y écrit: «Ne rentrerai à Landerneau que dans quelques jours. Tout va pour le mieux, Pierre...» Mais plus tard, le 22 juin, une nouvelle lettre signée des Chemins de fer annonce que la valise de Pierre Quéméneur a été retrouvée et déposée à la consigne de la gare du Havre. Qui plus est, elle est tâchée de sang et contient une promesse de vente de la propriété de Traon Nez en Plourivo que Quéméneur vend à Seznec. Cette fois l'affaire est lancée. La presse se passionne. La police met ses meilleurs limiers sur l'affaire, dont un dénommé Bonny aux méthodes peu scrupuleuses. Il s'agit tout d'abord d'identifier l'auteur de la lettre postée au Havre. Très vite les experts arrivent à la conclusion que ce n'est pas Quéméneur qui a écrit et posté cette lettre. Mais alors, qui? A partir du 26 juin, Guillaume Seznec est interrogé sans relâche sur son emploi du temps, sur un éventuel déplacement au Havre et sur ses possibles mobiles. Des analyses graphologiques vont l'accuser d'être l'auteur de la lettre du Havre et des signatures de la promesse de vente de Plourivo. Enfin, la machine à écrire qui aurait servi à la rédaction de cette promesse de vente (une Royal 43080), achetée au Havre le 13 juin, est retrouvée au domicile morlaisien de Seznec lors d'une perquisition. Très vite, les policiers acquièrent la conviction que Guillaume Seznec est le responsable de la disparition de son ami. Il est alors arrêté et emprisonné le 16 juillet à Morlaix. Seznec accusé Face aux accusations, Guillaume Seznec clame aussitôt son innocence et démonte une à une les accusations qui pleuvent sur lui. Pour Seznec, c'est le policier Bonny qui a placée la machine à écrire de la promesse de vente chez lui; les analyses d'écriture se trompent tout comme dans l'affaire Dreyfus; non il n'a jamais été au Havre; d'autres personnes pouvaient avoir intérêt à se débarrasser de Quéméneur; il n'y a pas de preuves réelles contre lui, pas de cadavre... Mais rien n'y fait. Il fait figure de coupable idéal, et il faut un coupable. Il a plutôt mauvaise réputation, il est le dernier a avoir vu Quéméneur, il pouvait avoir des raisons de se fâcher avec lui, alors... De plus, toutes les tentatives de retouver le corps de Quéméneur échouent (fouilles à Houdan, à Plourivo...). Mais des témoignages, douteux, (notamment celui de François le Her) peuvent faire croire que Quéméneur était vivant après sa disparition, voire qu'il ait fui aux USA. Bref, l'affaire devient rocambolesque, passionnelle, s'embrouille de multiples éléments, occupe les devants de l'actualité nationale. Seznec condamné Il faudra attendre un an pour que Guillaume Seznec soit jugé. Le retentissant procès d'assises s'ouvre à Quimper le 24 octobre 1924 devant une salle archi comble. 132 témoins vont défiler à la barre durant les dix journées du procès. L'accusation et la défense se pilonnent d'arguments contraires, jusqu'au verdict énoncé le 4 novembre. À 1 h 20 du matin, le président Dolin du Fresnel lit le terrible verdict: «Seznec, la Cour vous condamne aux travaux forcés à perpétuité. Les circonstances atténuantes vous ont été refusées.» Par 12 voix contre dix, Seznec a été reconnu coupable d'homicide volontaire; à l'unanimité il a été reconnu coupable de faux en écriture et enfin, la préméditation n'a pas été retenue contre lui, ce qui lui permet d'échapper de peu à la guillotine. Le 3 avril 1925, il est emmené à Saint Martin de Ré, qu'il quittera le 7 avril 1926 pour le bagne de Guyane, où il va "survivre" durant 21 ans. Seznec libéré Mais l'affaire Seznec ne s'arrête pas, loin s'en faut, avec la condamnation de Guillaume Seznec. Tout comme lors de l'affaire Dreyfus, l'erreur judiciaire est brandie par ses défenseurs- et ils sont chaque jour plus nombreux- , qui tiennent meeting, et déposent des demandes de révision du procès et des recours en grâce étayés par de nouveaux témoignages. C'est une véritable croisade de libération qui est menée au cours des années 30 par les "révisionnistes" emmenés notamment par un ancien juge (le juge Hervé), et par Jeanne Seznec, la fille de Guillaume qui a épousé François le Her (le témoin ayant affirmé avoir vu Quéméneur après sa disparition). Après la guerre, le bagne de Cayenne est supprimé et les prisonniers rapatriés. Mais Guillaume Seznec bénéficie, lui qui clamait toujours son innocence, d'une grâce présidentielle. Et c'est au Havre, ironie de l'histoire, qu'il débarque en France le 1er juillet 1947. Quelques jours plus tard, il s'installe à Ploudalmézeau chez sa fille Jeanne. Il mourut le 14 février 1954 des suites d'un accident de voiture à Paris. Seznec n'eut de cesse de se battre pour prouver son innocence et obtenir la révision de son procès. Après sa mort, sa fille Jeanne poursuivit son combat et aujourd'hui encore son petit- fils, Denis Le Her- Seznec a repris le flambeau de la révision et remue ciel et terre pour faire triompher la thèse de l'erreur judiciaire. La justice a rouvert le dossier Seznec mais l'a aussitôt refermé, privant l'opinion d'une remise à plat de l'affaire sur la base de nouveaux documents, de nouvelles expertises. Aujourd'hui deux faits sont établis: Quéméneur n'a jamais été retrouvé et Seznec a été condamné, sans preuves matérielle irréfutables, d'un meurtre sans cadavre. Alors, coupable ou innocent? Le doute ne devait- il pas bénéficier à l'accusé ? L'affaire Seznec est-elle la plus grande affaire criminelle du siècle ou la plus grande erreur judiciaire ? Réponse le 14 décembre 2006. 1923... 2006... 83 ans pour rendre justice... Uu texte de Beren Telemnaros |
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La Cour de Révision a refusé d'annuler la condamnation de Guillaume Seznec. |
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