Esclavage: Pourquoi le 10 mai ?


Mardi 31 janvier 2006 - Paris
La Chiraquie admet enfin la réalité de l'esclavage. Après une loi vantant les bienfaits de la colonisation, loi contestée à juste titre par les descendants des esclaves eux-mêmes, et dont un article a été abrogé, Jacques Chirac fait volte face et découvre ce crime contre l'humanité. Notre Jacquot national a choisi la date anniversaire de l'élection de François Mitterrand pour commémorer l'abolition de l'esclavage: le 10 mai.

En fait, le 10 mai 2001, une loi fut adoptée (en France) qualifiant l’esclavage de "crime contre l’humanité". Le choix de la date a soulevé quelques polémiques. L'abolition de l'esclavage est déjà fêtée le 27 avril à Mayotte, le 22 mai en Martinique, le 27 mai à la Guadeloupe, le 10 juin en Guyane et le 20 décembre à la Réunion. La mémoire de Jacques Chirac est surprenante à l'approche de la présidentielle de 2007. Il veut tout à coup modifier la Constitution pour y inscrire l'abolition de la peine de mort abolie le 9 octobre 1981 par François Mitterrand et signe un protocole facultatif du Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques, pacte signé en 1984 par François Mitterrand. Avant 2007, Jacques Chirac décrétera une loi pour commémorer la prise de la Bastille. La date du 10 mai a-t-elle été choisie pour abolir les festivités commémorant l'élection de Mitterrand le 10 mai 1981 ?

L'histoire de l'esclavage est un crime contre l'humanité qui commence en gros en 1685 (voir plus bas). L'esclavagisme se poursuit en 1717 lorsque les colons français "introduisent" 80 000 esclaves à l’île Bourbon. Des êtres humains vont être achetés, vendus et traités moins bien que du bétail. Un trafic ou "traite des noirs" permet aux colonies de s'approvisionner en esclaves en Afrique et à Madagascar. En 1794, la Révolution Française abolit l’esclavage. Les colons de l’île Bourbon refusent. L'esclavage est rétabli en 1802. Le 13 octobre 1848, l’île Bourbon devient l'île de la Réunion. L'abolition de l'esclavage y est officiellement proclamée le 20 décembre 1848. La commémoration de l'abolition de l'esclavage aurait donc dû être fixée, selon les faits historiques, au 20 décembre. La date du 10 mai aurait-elle été soufflée par le cerveau amovible du Président ? Galouzeau de Villepin, bonapartiste convaincu, doit le savoir, Napoléon a rétabli l'esclavage et la "traite des noirs" le 20 mai 1802. On peut se demander si cette loi ne signifierait pas plus simplement: «Bon. On vous accorde une jolie fête et on oublie tout.» Superbe façon d'esquiver un crime contre l'humanité. Les habitants de la Réunion, de la Martinique, de la Guyane ou de la Guadeloupe sont pourtant français. L'esclavage devrait être révélé au grand jour, sous tous ses aspects, aussi horribles soient-ils. La France se devrait au minimum de demander pardon aux descendants des esclaves. D'accord, cela impliquerait également de demander pardon aux Algériens, aux Marocains, aux Vietnamiens et quasiment à toute l'Afrique.

Extraits d'articles du "code de l'esclavage" - Le Code Noir. Édit du roi sur les esclaves. Mars 1685, Versailles.

Art. 1.
Voulons que l'Édit du feu Roi de glorieuse mémoire, notre très honoré Seigneur et Père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles; ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.

Art. 2.
Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la Religion Catholique, Apostolique et Romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d'en avertir dans huitaine au plus tard les gouverneur et intendant desdites îles, à peine d'amende arbitraire [...]

Art. 7. [...] Défendons pareillement de tenir le marché des nègres et de toute autre marchandise aux dits jours, sur pareille peine de confiscation des marchandises qui se trouveront alors au marché et d'amende arbitraire contre les marchands.


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